Le Désert (B1+)
Le Désert
Désert tells the story of Lalla, a young girl living in the Moroccan desert, surrounded by poverty, freedom, and dreams of a better future. The novel alternates between her journey and the story of desert tribes driven from their lands. The book celebrates the beauty of the desert, freedom, and resistance against poverty and colonization.
Elle danse comme elle a appris autrefois, seule au milieu des gens, pour cacher sa peur, parce qu'il y a trop de bruit, trop de lumière. Le photographe reste assis sur la marche, sans bouger, sans même penser à la photographier. Au début, les gens ne font pas attention à Hawa, parce que la lumière les aveugle. Puis, c'est comme s'ils sentaient que quelque chose d'extraordinaire était arrivé, sans qu'ils s'en doutent. Ils s'écartent, ils s'arrêtent de danser, les uns après les autres, pour regarder Lalla Hawa. Elle est toute seule dans le cercle de lumière, elle ne voit personne. Elle danse sur le rythme lent de la musique électrique, et c'est comme si la musique était à l'intérieur de son corps. La lumière brille sur le tissu noir de sa robe, sur sa peau couleur de cuivre, sur ses cheveux. On ne voit pas ses yeux à cause de l'ombre, mais son regard passe sur les gens, emplit la salle, de toute sa force, de toute sa beauté. Hawa danse pieds nus sur le sol lisse, ses pieds longs et plats frappent au rythme des tambours, ou plutôt, c'est elle qui semble dicter avec la plante de ses pieds et ses talons le rythme de la musique. Son corps souple ondoie, ses hanches; ses épaules et ses bras sont légèrement écartés comme des ailes. La lumière des projecteurs rebondit sur elle, l'enveloppe, crée des tourbillons autour de ses pas. Elle est absolument seule dans la grande salle, seule comme au milieu d'une esplanade, seule comme au milieu d'un plateau de pierres, et la musique électrique joue pour elle seule, de son rythme lent et lourd. Peut-être qu'ils ont tous disparu, enfin, ceux qui étaient là autour d'elle, hommes, femmes, reflets passagers des miroirs éblouis, dévorés ? Elle ne les voit plus, à présent, elle ne les entend plus. Même le photographe a disparu, assis sur sa marche. Ils sont devenus pareils à des rochers, pareils à des blocs de calcaire. Mais elle, elle peut bouger, enfin, elle est libre, elle tourne sur elle-même, les bras écartés, et ses pieds frappent le sol, du bout des orteils, puis du talon, comme sur les rayons d'une grande roue dont l'axe monte jusqu'à la nuit.
She dances the way she learned long ago, alone in the midst of the crowd, to hide her fear, because there is too much noise, too much light. The photographer stays seated on the step, without moving, without even thinking to photograph her. At first, people pay no attention to Hawa, because the light blinds them. Then, it's as if they sensed that something extraordinary had happened, without quite realizing it. They step aside, they stop dancing, one after another, to watch Lalla Hawa. She is all alone in the circle of light; she sees no one. She dances to the slow rhythm of the electric music, and it's as if the music were inside her body. The light shines on the black fabric of her dress, on her copper-colored skin, on her hair. You cannot see her eyes because of the shadow, but her gaze sweeps over the people, fills the room, with all its force, with all its beauty. Hawa dances barefoot on the smooth floor, her long, flat feet strike in time with the drums—or rather, it is she who seems to dictate, with the soles of her feet and her heels, the rhythm of the music. Her supple body sways, her hips, her shoulders and her arms are slightly spread like wings. The light from the spotlights bounces off her, envelops her, creates swirls around her steps. She is utterly alone in the great hall, alone as if in the middle of an esplanade, alone as if in the middle of a stone plateau, and the electric music plays for her alone, with its slow, heavy rhythm. Perhaps they have all vanished, finally, those who were there around her, men, women, fleeting reflections in dazzled, devoured mirrors? She no longer sees them, now; she no longer hears them. Even the photographer has vanished, seated on his step. They have become like rocks, like blocks of limestone. But she, she can move, at last, she is free, she turns round and round, arms spread, and her feet strike the floor, on the tips of her toes, then on the heel, as if on the spokes of a great wheel whose axle rises into the night.

Commentaires & Notes
Connecte-toi pour noter ce texte et laisser un commentaire.
Se connecter →